Tribune

Étudiant·es, soignant·es, patient·es : ensemble contre les violences
sexistes et sexuelles en santé !
Le monde de la santé, loin d’être épargné par les violences sexistes et sexuelles, en est au
contraire un terreau particulièrement fertile. La culture du viol et l’omerta sont nourries par
les fortes hiérarchies professionnelles, le management pathogène, l’esprit de corps et la
“culture carabine”.
Les femmes, qu’elles soient étudiantes, professionnelles des établissements de santé ou
patientes, sont les premières victimes de ces violences patriarcales, qui touchent toutefois
également des hommes et des enfants.
Aujourd’hui, les langues se délient et les témoignages se font de plus en plus nombreux.
Nous, organisations féministes et représentatives d’étudiant·es, de professionnel·les des
établissements de santé et de patient·es, nous mobilisons ensemble pour dénoncer ces
pratiques.
La peur doit changer de camp.

Etudiant·es en santé, nous sommes quatre sur dix à subir du harcèlement sexuel à
l’hôpital, majoritairement de la part de nos supérieurs hiérarchiques. Nous sommes une
étudiante sur cinq à être agressée sexuellement à l’université, par nos propres camarades.
Dans 90% des cas, nous ne signalons pas ces agressions par peur des représailles.
Dans nos cursus, des agresseurs sont protégés, dont certains peuvent continuer leurs
études sans être inquiétés malgré des condamnations en justice. 
Souvent, les violences sexuelles ont lieu lors de weekends d’intégration et soirées
étudiantes, qui sont aussi le théâtre de bizutages et d’humiliations sexistes. Dans les salles
de garde des internes, des fresques pornographiques ramènent les femmes à l’état d’objets
sexuels soumis à la domination des hommes.  Sous couvert de « culture carabine », il s’agit
de normaliser la culture du viol dans nos études.
Nous l’affirmons, aucune “tradition” ne justifie de reproduire des violences.

Professionnel·les des établissements de santé, nous exerçons dans un milieu où règnent
l’omerta et l’impunité, à tous les échelons de la hiérarchie. Quand une infirmière est violée
par un médecin, c’est elle qui change de service. Quand une aide-soignante fait remonter
des faits d’agressions sexuelles, c’est son emploi qui est menacé. Quand un médecin
dénonce à l’Ordre le comportement d’un collègue, c’est lui qui écope d’un blâme.
Le principe de confraternité ne doit pas protéger des agresseurs au détriment du personnel
et des patientes. « D’abord ne pas nuire », c’est le serment d’Hippocrate sur lequel les
médecins et sages-femmes ont juré. Cet engagement doit être respecté et l’intégrité des
soignant·s ne doit pas être mise en doute.

Patient·es, nous subissons des abus de pouvoir et des violences sexistes et sexuelles de la
part de certains professionnels de santé. Nous sommes nombreuses à avoir été confrontées
à des violences obstétricales et gynécologiques (VOG) quand des examens ou des actes
médicaux nous sont imposés.
Notre consentement est trop souvent bafoué, nos corps et nos choix jugés, notre parole,
notre douleur, nos symptômes niés. Nos plaintes auprès de l’Ordre sont trop peu relayées,
voire étouffées.
Des médecins visés par des dizaines de plaintes pénales et mis en examen peuvent
continuer à exercer sans être suspendus. L’impunité empêche la reconnaissance des
préjudices et la réparation, elle augmente notre défiance envers le médical.
Le respect de notre consentement, la considération de notre intégrité physique et morale, la
déontologie et l’éthique devraient être au cœur de la relation soignants-soignés. Il est temps
de mettre fin à une médecine patriarcale, paternaliste et archaïque au profit d’un partenariat
entre les patient·es et les soignant·es et une réelle démocratie sanitaire.

Ensemble, pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles en santé, dont les violences
obstétricales et gynécologiques, nous exigeons des mesures concrètes et immédiates.
Des mesures de sensibilisation, d’accompagnement, de sanctions.
Il est urgent de mettre en place un plan de prévention ambitieux avec des formations
obligatoires pour l’ensemble des professionnel·les et des étudiant·es en santé, afin de
combattre la culture sexiste, expliquer les mécanismes des violences et leurs impacts
dévastateurs.
Le retrait des fresques pornographiques dans les hôpitaux doit être effectif.
Il est essentiel d’améliorer le repérage et le traitement des actes de violences. Dans tous les
établissements de santé, les dispositifs de signalement prévus par la loi pour la fonction
publique doivent être mis en place et une plateforme de signalement anonyme pour les
patient·es doit être créée.
Nous exigeons également un véritable accompagnement psychologique, médical et juridique
des étudiant·es, professionnel·les et patient·es victimes.
Enfin, nous défendons l’adoption d’un principe de précaution, avec la mise à l’écart
immédiate et systématique des professionnel·les concerné·es par un signalement ou une
plainte et l’interdiction d’exercer pour les étudiants en médecine et médecins condamnés par
la justice.
 A l’appel du collectif Emma Auclert, nous nous rassemblerons mercredi 29 mai à 18h
devant le ministère de la santé pour exiger des réponses. L’omerta et l’impunité doivent
cesser.