L’ESR est un milieu particulièrement verticalisé: bilan de Laura Downs à la 9ème Conférence Européenne sur l’égalité de genre dans l’enseignement supérieur et la recherche, 14 septembre 2016

News Tank Education publie les points saillants du bilan de la 9ème Conférence Européenne sur l’égalité de genre dans l’enseignement supérieur et la recherche établi par Laura Downs, professeure à l’institut universitaire européen de Florence. 

Laura Downs, professeure à l’institut universitaire européen de Florence, fait part de son compte-rendu de la neuvième conférence pour l’égalité femmes/hommes dans l’ESR en trois points et deux observations.

L’ESR a les mêmes problèmes que le reste de la société

Les femmes ont dans l’ESR les mêmes problèmes que dans le reste de la société :

– un accès plus tardif à l’emploi stable ;
– une carrière qui ralentit à cause de la maternité ;
– une grande différence salariale.

Donc, il faut franchir les murs de l’université pour travailler main dans la main avec les associations, les institutions et les politiques. Il faut le faire tout en réfléchissant aux structures verticales qui assurent la transmission du savoir.

Sociologie particulière de l’université

L’université est structurée par des relations hiérarchiques strictes renforcées par la notion d’excellence et de réussite. Cette structure très verticale s’articule à des réseaux de copinage qui assurent le reproduction des élites : des hommes blancs d’âge mûr.

La solution est d’assurer une plus grande transparence à tous les niveaux afin que les femmes aient les mêmes chances que les hommes d’accéder aux meilleures bourses et aux meilleurs postes.

Ceci est d’autant plus crucial que l’ESR fonctionne, par nature, sur une relation verticale déséquilibrée en matière d’âge, d’expérience et donc de pouvoir. C’est le geste de transmission qui veut cela et il ne faut pas le nier ; il est propice à toute sorte d’abus de pouvoir et de harcèlement.

Nous ne sommes plus dans un monde de discrimination ouvertes ou écrites. Une femme dans les années 50 pouvait entendre : « Vous êtes la plus brillante mais vous n’aurez pas de bourses, ce serait de l’argent public perdu quand vous déciderez de faire un enfant ».

La résistance des privilégiés

Une personne née privilégiée peut vivre l’arrivée de l’égalité comme une oppression car le privilège est rarement perçu. La résistance que nous rencontrons plonge ses racines là-dedans, dans le fait de ne pas se sentir privilégié. Cette résistance n’est pas une résistante directe mais un sexisme banal de culture.

J’ai appris beaucoup durant ce colloque devant la présentation du projet Gender-net, qui me semble être une solution pour le problème de transparence. Il m’a inspiré deux remarques.

De la difficulté de quantifier

Tous les efforts pour quantifier les programmes européens pour l’égalité sont entravés par la diversité des cultures scientifiques dans les pays européens. Les questions se posent de manière différente en Europe de l’Est, en Europe centrale, ou encore dans les pays méditerranéens. Ils n’ont pas la même culture et il faut prendre en compte ces différences et les estimer de manière qualitative pour avoir une vision solide du sujet.
Militantisme

Il existe une corrélation entre la politique européenne d’égalité et la volonté d’intégrer l’axe du genre dans la recherche. Il existe une tension entre la volonté de faire de la recherche sur le thème du genre et faire de la politique sur le sujet. Cette tension est constitutive dans ce domaine. Il faut l’avouer, la regarder en face et l’assumer.

Gender-net
Gender-net est un projet européen soutenu consacré à la promotion de l’égalité professionnelle entre femmes et les hommes au sein des institutions de recherche et à l’intégration de la dimension de genre dans les contenus et programmes de recherche. Il est coordonné par le CNRS de 2013 à 2016 et prévoit de :
• Cartographier et analyser les programmes et les initiatives nationales et régionales existantes et qui visent à promouvoir l’égalité professionnelle femmes-hommes dans les institutions de recherche et d’enseignement supérieur à travers le changement structurel ;
• Identifier des activités prioritaires pour une mise en œuvre stratégique internationale ;
• Elaborer et optimiser la transférabilité au niveau transnational ;
• Mettre en œuvre ces activités conjointes.

POGO, REC – Paris – mercredi 14 septembre 2016 – Essentiel n° 76312