L’ANEF organise un atelier « Violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur » au 7ème congrès international des recherches féministes dans la francophonie, Montréal, 26 août 2015

Le 7e Congrès international des recherches féministes dans la francophonie (CIRFF) « Penser Créer Agir les féminismes De la révolution des savoirs au changement social » se tient du 24 au 28 août 2015 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

L’ANEF y organise un atelier « Violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur » animé par Geneviève Pezeu. Cet atelier, en deux temps, se tiendra le mercredi 26 août 2015 de 9h à 12h30.

Présentation de l’atelier

En ce début de 21ème siècle, les lieux de savoir semblent un des derniers bastions du tabou des violences sexistes et sexuelles. L’université apparaît comme le lieu d’une triple dénégation concernant le pouvoir, le genre et la sexualité. Dédiée au savoir, elle se veut désintéressée et ne se pense pas comme un espace de pouvoir ; elle pose le savoir comme neutre et asexué et reste aveugle au genre et aux mécanismes sociaux d’exclusion et de hiérarchie; enfin elle refoule la sexualité, le corps, les affects, ignorant  la séduction charismatique des savants tentés d’abuser de leur statut. La levée du tabou est d’autant plus difficile que rares sont les pays où des données quantitatives et qualitatives sont disponibles sur le sujet, que ce soit en termes de prévalence des violences ou du point de vue des mécanismes de prévention ou de traitement des situations. De fait, malgré quarante années de luttes féministes sur les violences de genre,  les avancées dans l’enseignement supérieur et la recherche en matière de prise en compte de ces violences semblent dérisoires. Il convient, dès lors, de mieux comprendre les processus d’inégalités et d’analyser selon quelles modalités se manifestent les différentes formes de violence dans des contextes sociaux et culturels divers.

Cet atelier a ainsi pour objectif de dresser un bilan comparé de la situation dans différents contextes de la francophonie, mais aussi de réfléchir aux résistances et à de nouvelles stratégies de lutte. Il s’agira d’actualiser les données, de visibiliser les dispositifs d’action, de mutualiser les savoir-faire. Chaque intervenant.e apportera des éléments statistiques pour quantifier les faits autant que faire se peut, des récits d’expériences de luttes et de confrontation aux institutions universitaires ainsi que des informations sur les dispositifs mis en place, en mettant l’accent  sur leur évaluation.


Résumé des interventions séance 1 – (9h30-11h)

La production de données comme élément de prévention en matière de Violences Basées sur le Genre (VBG), Fatou Diop Sall, enseignante à l’UFR LSH, présidente de la Cellule Genre et Équité à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Sénégal

La violence comme le dit Françoise Héritier est historique et construite. Les violences basées sur le genre (VBG) touchent de plus en plus de personnes et demeure un défi majeur. Le Sénégal a ratifié la plupart des conventions internationales contre les violences basées sur le genre et a adopté un ensemble de lois les sanctionnant. Toutefois, le phénomène persiste toujours et touche des milieux insoupçonnés. De nombreuses recherches se concentrent sur l’espace domestique comme lieu, traditionnel de production et de prolongement de violences basées sur le genre. Cette communication présente des données sur les VBG en milieu de formation à partir des résultats de l’enquête menée par le Groupe d’études et de recherche ( GESTES), avec l’appui financier et technique du Centre de Recherche pour le Développement International ( CRDI), dans le cadre du programme gouvernance, sécurité et justice. La recherche se veut une contribution au plaidoyer contre l’impunité et pour la prise en charge des VBG. L’étude a eu pour cadre les établissements scolaires moyens, secondaires et supérieurs, publics et privés. Trois universités publiques ont été retenues: l’Université Cheikh Anta DIOP  de Dakar (zone Ouest), l’université Gaston BERGER de Saint-Louis (zone nord) et l’université de Assane SECK de Ziguinchor  (zone Sud). Pour les structures privées d’enseignement supérieur, deux principales universités privées (Université Dakar Bourguiba, Université Hampathé Ba) et quinze (15) instituts de formation supérieure ont étaient sélectionnés. Des enquêtes ont été menées dans treize (13) lycées situés à Dakar, à Kolda et Tambacounda. Au total, 300 personnes ont été interrogées dans les lieux de formation dont 113 élèves au niveau des lycées et 187 étudiants dans les universités et Instituts d’enseignement supérieur. L’approche quantitative a permis de mesurer l’ampleur du phénomène, les causes, le nombre de structures impliquées ainsi que les moyens utilisés pour faire face au VBG en milieu de formation. Les structures de prise en charge, les moyens déployés pour y faire face, le traitement judiciaire des cas de violence, les besoins en appui institutionnel des acteurs ont aussi été documentés. L’étude a abouti à l’élaboration d’une charte de non violence dans les milieux de formation en cours de validation.

Le rôle du sexisme et de la misogynie dans la construction et la reproduction des inégalités professionnelles à l’université, Yves Raibaud, géographe, maître de conférences HDR à l’Université Bordeaux Montaigne, chargé de mission égalité femmes hommes de l’université de Bordeaux, France

Cette communication est le produit de recherches menées à l’université Bordeaux Montaigne dans le cadre d’une mission égalité femmes hommes à l’université. La recherche s’appuie sur trois corpus : un bilan social sexué/genré qui mesure en détail les inégalités ; une enquête par questionnaire portant sur les interprétations que font les femmes elles-mêmes des empêchements qui limitent ou ont limité leurs carrières ; les enregistrements réalisés sur ce sujet avec trois groupes de femmes travaillant à l’université.  L’hypothèse d’une autocensure ou d’une auto-limitation des femmes dans leur carrière (possiblement liées aux contraintes de leur vie familiale) n’est pas suffisante pour expliquer les freins qu’elles subissent. Le « climat d’établissement », lorsque celui-ci est géré par et pour les hommes, favorise la multiplication des actes micro-machistes, les incivilités masculines, le sexisme, la misogynie. La graduation de ces actes (de la plaisanterie sexiste aux agressions sexuelles, déclarées dans l’enquête) forme un continuum de violences dont l’impunité conditionne le retrait relatif des femmes de leur carrière, sauf quand elles prennent des responsabilités où leur efficacité est mise au service d’une gouvernance masculine. La communication montrera aussi l’hétérogénéité des situations à l’intérieur d’une même institution, permettant d’imaginer les leviers du changement.

Le harcèlement moral et le harcèlement sexuel, à l’université dans le secteur de la santé, Véronique Perry, chercheure associée au LERASS, équipe Médiapolis, Didactique des Langues et Genre [Gender Studies and Language Teaching], enseignante d’anglais et de FLE, Université Toulouse III – Paul Sabatier, France

Nous comptons montrer le continuum entre harcèlement moral et sexuel dans le contexte particulier des études de santé en France. Nous proposerons tout d’abord un état des lieux sur le sexisme et les violences sexuelles ancrées dans la médecine française. Nous parlerons plus précisément du récent scandale (le 20/01/2015) suscité par la révélation de l’existence d’une fresque peinte sur les murs d’une salle d’internes du CHU de Clermont-Ferrand, fresque représentant d’autres super-héros et héroïnes violer Wonder Woman laquelle symbolisait la ministre de la Santé, les bulles de la fresque disant «Tiens, la loi santé !!!». Nous nous appuierons également sur des témoignages faisant état de la souffrance étudiante lors des années de préparation au concours de médecine (L1 PACES), sur des productions écrites obtenues dans le cadre des cours d’anglais à la Faculté de Chirurgie Dentaire de Toulouse (représentations sexistes des professions de santé, extrême violence des relations de pouvoir) et sur la promotion d’affiches explicitement sexuelles par la corporation étudiante en dentaire (octobre 2014). Nous parlerons enfin des actions menées à l’Université de Toulouse 3-Paul Sabatier dans le cadre de la Commission Égalité Active. Par exemple celle pour contrer la diffusion d’affiches sexistes (American Campus, le 17/10/2013) ; celle pour intégrer, dans une enquête anonyme menée en 2015 auprès des étudiantes et doctorantes, la prise de conscience de ce qu’est le harcèlement sexuel. Ou encore les pistes proposées pour créer un lieu d’accueil et un groupe de parole afin que les étudiantes confrontées à des attitudes sexistes puissent s’exprimer et trouver un soutien (idéalement, à terme, créer un espace sur le modèle des Women’s Centers).

Violences sexuelles en milieu universitaire : bilan des écrits et pratiques de mobilisation féministes à l’UQAM, Manon Bergeron, professeure au département de sexologie de l’UQAM et membre du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), Canada; Sandrine Ricci, doctorante en sociologie à l’UQAM et membre du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), Canada; Marie-France Goyer, UQAM, Canada

Cette présentation s’inscrit dans un projet de recherche multi-sites visant à établir un portrait des expériences de violences sexuelles en milieu universitaire (VSMU) au Québec. Dans un premier temps et dans des considérations sociohistoriques, nous évoquons les principaux jalons de la mobilisation féministe contre le harcèlement et les violences à caractère sexuel à l’UQAM. Cette résistance ne date pas des événements qui ont défrayé la chronique à l’automne 2014, incluant le « stickergate », une action anonyme visant à dénoncer les agissements de membres du corps professoral. Notre présentation soumet à la discussion le constat que, portées par une constellation d’actions féministes sur le sujet de la violence contre les femmes, les récentes pratiques de mobilisation collective à l’UQAM ont favorisé à la fois la création de solidarités militantes et académiques, des avancées en matière de lutte institutionnelle contre les VSMU et des débats parfois hostiles, autour d’un phénomène largement méconnu. Dans un deuxième temps, nous présentons les résultats d’un bilan des écrits. Les études provenant surtout des États-Unis, elles permettent peu de rendre compte des réalités québécoises. Les travaux les plus près de nous, issus de l’Université d’Ottawa, révèlent des taux de violences à caractère sexuel préoccupants et soulèvent qu’une majorité d’étudiantes auraient vécu au moins un épisode de harcèlement depuis leur entrée à l’université. Notre recension s’articule autour de thématiques centrales des VSMU, notamment les contextes dans lesquels ces violences apparaissent, les nombreuses conséquences possibles, les motifs de dévoilement ou de non dévoilement.

Que faire en cas de harcèlement sexuel ? Le guide d’information sur le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche, Collectif CLASCHES, Collectif de lutte anti-sexiste contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur

Le CLASCHES (Collectif de lutte contre le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur) combat depuis 2002 pour lever le silence sur la question du harcèlement sexuel, pour sensibiliser, pour diffuser des informations juridiques et pour obtenir la réforme des institutions universitaires et de recherche. Après avoir présenté les actions du CLASCHES, cette intervention reviendra sur la réalité du harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche en France et sa (non) prise en charge. Il s’agira en particulier d’insister sur les nombreux obstacles qui existent pour que les victimes obtiennent réparation et que les agresseurs soient condamnés.


Résumé des interventions séance 2 – (11h-12h30)

La jeune femme était consentante » Une réflexion féministe sur la protection des agresseurs dans les médias : Le cas de l’équipe de hockey de l’Université d’Ottawa, Isabelle Côté, Université d’Ottawa, Ontario

En février 2014, un scandale a ébranlé la communauté de l’Université d’Ottawa lorsque des joueurs de l’équipe de hockey ont agressé sexuellement une jeune femme lors d’un match à Thunder Bay, résultant à une suspension de l’équipe pour la saison 2014-2015. Depuis, plusieurs articles de journaux ont fait état de la situation, en donnant fréquemment la parole aux joueurs de hockey eux-mêmes et en les positionnant comme des victimes de la suspension de l’équipe. S’appuyant sur une analyse de plus de 50 articles de journaux portant sur le sujet, cette présentation mettra en lumière deux hypothèses pouvant expliquer ce discours médiatique. Une première hypothèse est que les médias reflètent les trois cultures de la masculinité telles qu’élaborées par Kimmel (2008), soit la culture de la légitimité, la culture de la protection et la culture du silence. La seconde hypothèse est que les médias occultent volontairement la violence masculine envers les femmes (Romito, 2006). Plus précisément, les journalistes a) minimisent les faits; b) déresponsabilisent les agresseurs en mettant l’accent sur les qualités personnelles et les exploits sportifs des joueurs; c) blâment la victime, en remettant en question sa crédibilité et en mettant l’accent sur son inaction à déposer une plainte. Suite à cette réflexion, des pistes de solutions s’adressant aux hommes, aux médias et à la société dans son ensemble seront proposées.

Mesurer le harcèlement sexuel à l’université de Parakou (Bénin) – réflexion à partir d’une étude exploratoire sur un sujet sensible, Onibon Doubogan, Université de Parakou, Bénin

La recherche féministe tire son essence des méthodes de recherche en sciences sociales qu’elle vient enrichir à partir de diverses approches épistémologiques et pluridisciplinaires pour analyser et saisir les savoirs et pratiques sociales, ainsi que leurs influences sur le quotidien des hommes et des femmes. Dans cette logique, la recherche féministe aborde de plus en plus des thèmes sensibles, dont la réalité est difficile à saisir.
En 2013, une étudiante en Master à l’Université de Bordeaux et une étudiante en Licence à l’Université de Parakou ont entrepris ensemble une étude sur les violences de genre à l’Université de Parakou, encadrées par deux enseignantes chercheuses, de Parakou et de Bordeaux, auteures du présent article. L’ensemble de ce processus a été une expérience riche d’interrogation sur les enjeux normatifs dans cet espace de libertés académiques que représente l’université. D’une part, le glissement de « violences de genre » vers « harcèlement » s’est produit insidieusement, impliquant un changement normatif en plus de celui sémantique et posant la question de la victimisation. Cet article analyse ce glissement et ce que cela implique en termes de normes, de qualification des faits, des auteur-e-s. D’autre part, le choix des outils, les conditions de leur administration et les biais potentiels seront évoqués, à la lumière des enjeux particuliers que représente le milieu universitaire. Des  réflexions sur les points forts et faibles des outils utilisés et de la manière de les administrer, le positionnement de « pairs », les « leçons tirées » en vue d’autres études sur ce sujet seront abordés pour confronter la recherche féministe, ses méthodes et outils aux réalités sociales et culturelles qui peuvent interagir pour fragiliser les résultats. Quelles pistes d’améliorations méthodologiques ? Quelles leçons tirées pour l’étude des « sujets sensibles » ?

France : Le harcèlement de rue des étudiantes à Bordeaux, Yves Raibaud, Université Bordeaux, France

La communication présente un travail de recherche sur le harcèlement des étudiantes à Bordeaux. L’enquête réalisée par questionnaires, entretiens et groupes focus montre les conditions dans lesquelles les étudiantes vivent la ville, partagées entre sentiment de liberté, désir de fête et anxiété. Elle décrit la graduation des agressions, de la drague lourde au viol, les lieux et les circonstances de ces situations, la façon dont les étudiantes réagissent. Elle précise ensuite les contraintes que s’imposent les étudiantes à Bordeaux : avant de sortir, dans la rue, dans les transports en communs, dans les lieux de fêtes, la nuit. Participant à l’ambiance des villes, les étudiantes sont des proies pour tous les prédateurs, dragueurs de banlieue ou harceleur à haut niveau d’études. La présence dans la ville d’étudiantes met en scène les images érotiques qui participent aux imaginaires sexuels mondialisés. Des étudiantes venues d’Europe de l’Est, des anciennes colonies africaines ou de Chine, habitant sur un campus excentré sont les cibles peu protégées des agresseurs. Bien qu’elles aiment les quartiers de fêtes et revendiquent leur place dans la ville, les étudiantes participent à leur dépend à l’érotisation d’une ville faite par et pour le désir des hommes. La communication présente l’engagement de l’Université de Bordeaux sur ce sujet : création d’une mission égalité femmes-hommes, d’une cellule de veille contre les violences sexistes et homophobes, d’une charte anti-sexiste. La communication s’interroge au final sur l’engagement des hommes sur ce sujet, comme une entrée possible vers les idées et les actions féministes.

Le harcèlement moral et sexuel sur le lieu de travail: la réalité vécue par les vendeuses de l’État du Rio Grande do Norte-Brésil, Fernanda Marques De Queiroz, Université d’État du Rio Grande do Norte, Brésil et Maria Ilidiana Diniz, Université d’État du Rio Grande do Norte, Brésil


Télécharger les résumés de la séance 1 (4 p.): 7 Congrès RFF_Montréal 2015_Atelier ANEF Violences sexistes et sexuelles_S1

Télécharger les résumés de la séance 2 (3 p.): 7 Congrès RFF_Montréal 2015_Atelier ANEF Violences sexistes et sexuelles_S2

Télécharger le compte-rendu de l’Atelier ANEF par Geneviève Pezeu (4 p.): Le septième congrès international des recherches féministes dans la francophonie_Atelier harcèlement sexuel